Entretien avec Sabine Petit

Aujourd'hui, Sabine Petit s'adonne à la musique improvisée et joue « du trombone et des sons », selon ses propres mots. Elle fait notamment partie du trio Odiogustactilis, qui manie des « miniatures sonores, tactiles et gustatives ». Elle se consacre également à sa création personnelle, dans l'art graphique, par le biais du dessin et de la gravure.
Pourquoi la gravure ?
Sabine dessine depuis qu'elle est toute petite. Son goût pour les vieilles gravures du Larousse illustré l'amène à pratiquer cette technique. Le passage par la gravure lui donne la sensation d'une mise à distance et lui permet de s'autoriser à montrer ses propres créations.
Elle aime le décalage entre le côté flash et brut de ses dessins et le rendu « hyperchiadé » de ses gravures. La gravure caresse son côté maniaque, avec ce travail de précision, à la loupe, sur du tout petit et qui prend beaucoup de temps. Elle a le goût du travail des finitions, qu'elle avait déjà expérimenté dans la lutherie. Elle apprécie aussi le contrôle de sa force exigé par le travail des plaques de métal en taille douce.
Pourquoi des images érotiques ?
Son idée de faire des images érotiques lui est venue petit à petit. Elle a commencé par faire des dessins érotiques, de temps en temps, dans des carnets de croquis, ou dans des lettres, pour des amis. Puis sont venus les personnages à tête d'animaux, avec la gravure. Sa deuxième gravure était une sorte de satyre. Ensuite elle a réalisé une gravure pour un album du groupe Aquaserge, qui représente des personnages nus sous la mer, avec un sous-marin. À partir de là, elle a développé ce thème des personnages nus à tête d'animaux.
L'envie de les faire copuler n'est venue qu'aprés. Quant à la partouze sur la couverture du livre Tendresses Animales, gravée à la fin de la série réalisée pour ce projet, Sabine est partie de l'idée de frise. Elle vivait l'exécution de cette gravure comme de simples traits et n'y pensait plus en terme d'érotisme.
Sabine Petit insiste d'ailleurs sur le fait que ses gravures érotiques et les positions souvent acrobatiques dans lesquelles elle dessine ses personnages ne sont pas de l'ordre de ses fantasmes. Elle le ressent d'avantage comme quelque chose d'onirique et aussi très comique. Elle trouve qu'une tête d'animal est très évocatrice en soi et que l'effet produit est encore plus fort quand on la campe sur un corps humain. Ces personnages hybrides rappellent les êtres mythologiques. Les « mariages mixtes » opérés entre eux jouent sur un autre plan. Ils évoquent l'attirance entre deux êtres totalement différents de par leur personnalité ou leur origine culturelle. Sabine Petit aime titiller « plein d'endroits différents de l'esprit ».
